jeudi 12 juin 2008

Boulimie au comptoir


Petite pause dans mon coup de gueule bénévoles JMJ pour vous parler de quelque chose qui s'est passé hier à l'officine.
Dans l'après-midi, alors que la pharmacie était déserte, est entrée une jeune fille qui devait avoir grosso modo mon âge ou était un peu plus jeune.

Elle me montre alors son oeil dans lequel on aperçoit très nettement une hémorragie et me demande ce qu'elle peut faire contre ceci. En effet cela fait plusieurs fois qu'elle se fait vomir et que ce genre d'incidents lui arrive...
Premier réflexe, je lui demande si aucun trouble de la vision n'est apparu avec cette rougeur. La réponse étant négative, il va falloir passer au plus délicat, aborder le problème du pourquoi elle s'est faite vomir.

Je n'ai pas eu de réponse à cette question, elle m'a simplement dit que cela faisait un mois et demi, qu'elle avait recours à cette pratique et qu'à chaque fois, comme elle forçait beaucoup un ou ses 2 yeux devenaient tout rouge et qu'elle avait très mal à la tête. C'est surtout ceci qui l'embêtait et elle aurait souhaité quelque chose pour que l'hémorragie conjonctivale ne se renouvelle point.

Moi : " Vous savez, vous devriez éviter de vous faire vomir, ce n'est pas bon pour vous"
La jeune fille : " Pourquoi ? Qu'est ce que ça peut faire ?"
Moi : " Et bien, pour commencer, vous n'assimilez plus ce que vous manger. Vous risquez de manquer d'énergie, de vitamines, de fer et au final de ne plus être très en forme. Et puis regardez votre œil, en vous faisant vomir, vous vous faites du mal."
La jeune fille : " C'est ça se faire du mal ?"

Par la suite, j'ai essayé de lui expliquer que se faire vomir cache souvent un malaise dont on ne veut pas parler ou que l'on arrive pas à exprimer autrement qu'en se faisant du mal, que peut être culpabilisait-elle après avoir avaler un petit pain au chocolat ou ce genre de chose parce qu'elle avait l'impression d'être énorme dans le miroir alors qu'en réalité, elle était très bien. (cf l'illustration : c'est une image qui résume très bien le problème des anorexiques et des boulimiques).
Je l'ai encouragé à aller voir son médecin traitant pour en parler avec lui et envisager les solutions à ce problème. Elle avait l'air d'hésiter à y aller car elle n'avait déménagé qu'il y a un an et que son médecin traitant se trouvait à plusieurs centaines de kilomètres. A près quelques explications Sécu pour lui montrer comment être remboursée malgré tout et comment changer de médecin traitant si elle le souhaitait, je lui ai expliqué que peut être il faudrait qu'elle aille voir un comportementaliste pour définir avec lui l'origine du problème et le résoudre.
Enfin je lui ai conseillé de tenir un cahier de bord où elle noterait à chaque fois qu'elle se faisait vomir ses émotions, contrariétés et tous les événements qui précédaient son acte afin de comprendre pourquoi elle faisait ça. Je l'ai félicité d'avoir réussi à en parler rapidement, qu'elle avait l'air très gentille et que ce serait dommage qu'elle se fasse du mal.

Je crois que le message est passé, en tout cas, je l'espère de tout coeur.
Cette jeune fille avait l'air assez ouverte et arrivait plutôt bien à parler de ses vomissements forcés, c'est pour cela que j'ai pu lui dire tout cela. La boulimie n'est vraiment pas un sujet facile à aborder, il faut prendre le patient avec des pincettes car au moindre mot qui ne lui convient pas, il risque de se refermer dans sa coquille, qu'il aura mis beaucoup de temps à entrouvrir. Pas facile de trouver les bons mots surtout quand on a vécu dans un monde de bisounours pendant 24 ans. ^^
J'ai encore beaucoup à apprendre sur mon métier, je crois que le jour de ma retraite j'apprendrai encore : pharmacien, c'est un métier passionnant mais pas toujours facile. ;)

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